L'ennui, quel doux mot ! Autant un privilège qu'un fardeau, il reste néanmoins nécessaire à la création d'une vie intérieure riche qui ne s'oublie pas dans un excès de divertissement. On le fuit comme un mal alors qu'il est peut-être la dernière demeure de la liberté. Celui qui consent à demeurer dans l’immobilité découvre peu à peu un royaume invisible et la création n’est peut-être rien d’autre qu’un ennui qui a trouvé la grâce de se métamorphoser. Nous ne devenons véritablement nous-mêmes qu’au moment où le monde cesse de nous distraire de notre propre abîme. Aussi faut-il apprendre à aimer l’ennui comme on aime une nuit sans étoiles : non pour son obscurité, mais parce qu’elle révèle enfin l’infini que le jour dissimulait.