Colère

Tourbillon de noirceur et ennemie du bonheur, la colère est une passion aussi détestable que redoutée. Elle noircit le cœur et dans chaque éclat de rage se cache une exigence impossible : celle d’un réel qui ne déçoit jamais, qui obéit, qui se plie à nos attentes. Mais le monde ne répond pas. Alors l’homme s’emporte contre ce silence, comme s’il pouvait, par la violence de ses émotions, contraindre l’univers à lui rendre justice. Elle est parfois le cri d’une âme qui refuse de mourir intérieurement. Elle témoigne d’un attachement, d’une blessure, d’un amour déçu ou d’un idéal brisé. Ainsi, même dans sa violence la plus aveugle, elle révèle la fragilité de l’homme face à un monde cruel. 

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L’ennui

L'ennui, quel doux mot ! Autant un privilège qu'un fardeau, il reste néanmoins nécessaire à la création d'une vie intérieure riche qui ne s'oublie pas dans un excès de divertissement. On le fuit comme un mal alors qu'il est peut-être la dernière demeure de la liberté. Celui qui consent à demeurer dans l’immobilité découvre peu à peu un royaume invisible et la création n’est peut-être rien d’autre qu’un ennui qui a trouvé la grâce de se métamorphoser. Nous ne devenons véritablement nous-mêmes qu’au moment où le monde cesse de nous distraire de notre propre abîme. Aussi faut-il apprendre à aimer l’ennui comme on aime une nuit sans étoiles : non pour son obscurité, mais parce qu’elle révèle enfin l’infini que le jour dissimulait.

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Mélancolie

Comment pourrais-je vivre sans la mélancolie ? Le bonheur est abêtissant tandis que la tristesse nous enveloppe de son étrange parfum mystérieux et obscur. L'être humain ne se dévoile que dans les ténèbres. La mélancolie n’est peut-être pas une prison mais un miroir dont peu supportent le reflet. Et si la beauté réside quelque part, elle se cache peut-être dans cette fragilité que nous cherchons sans cesse à dissimuler. Car les cœurs qui ont appris à se fissurer connaissent une profondeur que les existences trop paisibles ignorent.

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Fragilité

Triste est le constat que nous sommes fragiles. Les rêves d'infini disparaîssent lorsque le caractère éphémère de l'existence se dévoile dans sa splendeur macabre. Nous bâtissons un empire dont les fondations délicates se briseront tôt ou tard, l'illusion de leur solidité ne peut nous épargner du malheur. Nous appelons cela vivre, alors qu'il ne s'agit peut-être que d'apprendre à perdre. Si tout s’efface, alors chaque seconde devient un miracle condamné et chaque battement de cœur une victoire dérisoire contre l’oubli. Peut-être que notre grandeur ne réside pas dans l’illusion de l’éternité mais dans le courage obstiné d’aimer ce qui nous sera inévitablement arraché.

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